Ouvrons nos églises
Qu’elles sont belles nos églises de France, au centre de tous nos villages et bourgades auxquels elles donnent allure et fierté. On les voit de loin. Qu’on soit chrétien ou pas, on les aime, non seulement pour leur architecture mais pour la France qu’elles représentent, son histoire et ses valeurs. Au-delà de leur cachet carte postale un peu facile, on se dit que, sans elles, nos villages n’auraient plus aucune prestance et la France ne serait plus ce qu’elle est.
Le problème, et c’est la raison de ce texte, c’est qu’elles sont fermées. Vous vous promenez avec les copains ou la famille, vous avez envie d’y entrer pour voir leur intérieur qui, le plus souvent, est beau et raconte un passé de ferveur, mais neuf fois sur dix vous buttez sur une porte fermée.
Alors, je veux bien croire que ce ne sont pas des musées et qu’on craint les vandalismes et autres incivilités, mais si l’on considère qu’une église est avant tout un lieu de recueillement ou de méditation et que cette fonction répond à un besoin essentiel, majeur même, elle doit être ouverte. Nul besoin d’être croyant pour éprouver le besoin d’un lieu de silence et de moments de calme dans nos vies trépidantes. Les « marchands » ne s’y trompent pas qui vendent toutes sortes de méditation.
Comment empêcher les vols de tableaux et autres déprédations ? Ma réponse est nette : enlever les œuvres de valeur et même tout ce qui peut se voler ou se casser. Et si l’on m’objecte le risque d’incivilités apparentées aux fumeurs de drogue et autres pilleurs de tombes, je réponds qu’on peut les limiter par des caméras et autres astuces électroniques, par des sanctions de nettoyage forcé ou de réparation et in fine d’assumer ce qu’on ne pourra pas empêcher totalement.
Il y a quelques temps, un voisin sonne à ma porte, déprimé et plein de problèmes insolubles. Après un temps d’écoute, je lui propose d’aller à l’église pour profiter d’un peu de silence, je sais que ça lui plaît. Peine perdue, l’église est close. Je rouspète : à quoi cela nous sert-il d’avoir une église si c’est pour y protéger une ancienne statue de Saint Nicolas ? Elle ne sert plus que pour quelques très rares offices qu’on pourrait aussi bien faire dans l’église du canton.
Jour de Noël 2020, avec mon épouse, nous profitons du matin pour faire quelques heures de marche dans les vignes d’un charmant village de montagne. Passant non loin d’une église, nous faisons un détour pour honorer Noël de quelques prières ou méditations. Peine perdue, elle est close… le jour de Noël et à 10 heures du matin ! Dépités, nous décidons d’aller à 4 km plus loin dans l’église d’un village plus important. Ça monte dur mais là au moins ce sera ouvert ! Eh bien même pas… là aussi, porte close ! A contrecœur, nous nous inclinons.
Que les français n’aillent plus aux offices du dimanche, c’est un fait, le discours des clercs ne leur convient plus, pourtant je ne pense pas que la France se déchristianise fondamentalement. La valeur du message chrétien reste solide et respectée. Mais les valeurs chrétiennes ne sont plus véhiculées comme autrefois par les offices dominicaux, elles le sont par les familles, par les médias sous la forme d’une certaine morale sociale d’inspiration chrétienne loin de toute transcendance. Pourtant la méditation se vend bien et nous aurions tort de ne pas écouter ces besoins de moments de silence et de réflexion que nous avons tous. Signe des temps également, nos églises sont, souvent encore, entretenues ou rénovées malgré leur inutilisation.
Et surtout, comment donner du sens à ces trésors d’architecture, d’histoire et de vie s’ils ne sont pas ouverts ?
Bref, je demande qu’on « ouvre » les églises de nos bourgs et villages aux heures du jour, et qu’on s’organise en conséquence. Cela demande un peu d’imagination et quelques investissements auxquels l’État ou les communes qui sont chargés de leur entretien peuvent participer s’il l’on veut qu’elles ne tombent pas en ruine ou qu’elles ne soient pas demain revendues à n’importe qui (j’ai un petit neveu qui en a acheté une dans la Somme), pour en faire n’importe quoi.
